Mélissa Restous, le blog

09 juin 2019

Les bases de l'écriture - Episode 2

Précédemment, dans les bases de l'écriture, nous avons évoqué le choix de la narration et la gestion des points de vue

 

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Dans ce nouvel épisode, nous allons voir en quoi les temps, et surtout leur concordance, ont de l'importance dans la gestion d'un texte. Comme pour le narrateur, il faut d'abord se demander si on veut raconter son histoire au présent ou au passé, et en fonction de ce choix dépendra tout un « package » de temps. A noter que dans la littérature française, les récits sont généralement menés au passé mais ce n'est pas une norme, un auteur ou une autrice fait ce qu'iel veut du moment que son choix est assumé (et maîtrisé).

Donc, une fois le passé ou le présent adopté, il ne faut pas faire n'importe quoi et tout mélanger en espérant que cette tambouille soit efficace.

Il faut savoir que chaque temps possède des valeurs qui spécifient leur emploi et il faut absolument les maîtriser pour ne pas merder – ou le moins possible – dans la concordance des temps.

(Soyez prévenus, le contenu qui va suivre ressemble dangereusement à un cours de français.)

 

Les valeurs du présent (de l'indicatif) :

Screenshot_2019-06-09 Framindmap - Valeurs présent

 

Le présent de narration peut avoir deux utilisations. La première est évidente : c'est le temps majoritaire d'un texte rédigé au présent (en vrai, c'est le présent historique mais ça peut porter à confusion. C'est aussi celui des cours d'histoire). Parfois, on peut également l'utiliser dans un texte au passé pour rendre l'action plus vivante. Par exemple : « Les enfants écoutaient attentivement le professeur. Soudain, la porte s'ouvre et le directeur entre. »

Le présent d'énonciation ou d'actualité est employé essentiellement dans les dialogues et les lettres et il désigne des actions qui se produisent au moment où la personne parle ou écrit : « Qu'est-ce donc, Seigneur Octave ? Qu'avez-vous ? Qu'y a-t-il ? Quel désordre est-ce là ? » (Les Fourberies de Scapin, Molière)

Le présent de vérité générale s'utilise souvent dans les proverbes et les vérités scientifiques. Comme dans les phrases « Qui vole un œuf vole un bœuf » ou encore « La Terre tourne autour du Soleil. »

Le passé proche traduit quelque chose d'à peine terminé, comme dans la phrase « Je viens de rentrer » et le futur proche évoque quelque chose qui va se produire dans peu de temps : « Je pars dans cinq minutes. »

Le présent d'habitude porte très bien son nom et s'emploie pour évoquer une habitude, comme « Tous les matins, je me lève à 7h. »

 

Les valeurs du passé simple

Le passé simple est le temps du récit quand on choisit de rédiger son texte au passé. Il concerne essentiellement les actions, ce qu'on peut résumer par ce joli schéma heuristique :

 Screenshot_2019-06-09 Framindmap - Passé simple

Je ne pense pas qu'il soit utile de détailler les explications pour la succession d'actions et l'action dont les limites (souvent de temps) sont précises.

En revanche, petit point sur le premier plan : cette valeur du passé simple est dépendante de l'emploi de l'imparfait de second plan. Pour schématiser, si deux actions se produisent en même temps mais que l'une possède plus d'importance que l'autre, elle sera écrite au passé simple. Dans la phrase « Il travaillait quand le téléphone sonna », l'action qui prime est celle du téléphone qui sonne. Travailler est une action qui sert juste de toile de fond.

 

Les valeurs de l'imparfait :

 Screenshot_2019-06-09 Framindmap - Imparfait

L'imparfait d'habitude équivaut au présent d'habitude. Exemple : « Dans les veillées d'hiver, chaque année, je reprenais le catalogue, passais vite sur les pages inutiles et m'abîmais dans la contemplation du cheval mécanique. » (Jean Marouzeau)

L'imparfait de description est aussi très simple puisqu'il s'agit du temps employé pour décrire, que ce soit un portrait, un paysage,... C'est une suspension de l'action. « Rien ne bougeait. Hormis le chant de la brise, tout était silencieux. » (L’île au trésor, Robert Louis Stevenson)

L'action en cours de déroulement insiste sur l'aspect duratif. L'action en question est commencée mais pas encore terminée. « Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou » (Germinal, Emile Zola). Dans cette phrase, l'homme est en train de marcher et n'a pas terminé sa route, d'où l'emploi de l'imparfait.

L'action de second plan a été évoquée précédemment : elle est liée à l'emploi d'un passé simple de premier plan. Deux actions simultanées sont hiérarchisées par les temps.

 

Les temps composés

Pour faire simple, les temps composés marquent une antériorité par rapport au temps principal, c'est à dire que l'action évoquée s'est produite avant l'action principale. "L'année dernière, je fus invité, ainsi que deux de mes camarades [...] à passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie." ("La Cafetière", Théophile Gautier)

Souvent, ils sont associés de la manière suivante :

présent => passé composé

imparfait => plus-que-parfait

passé simple => passé antérieur...

 

 Le mode conditionnel

 Sans entrer dans le détail, il me semble important aussi d'évoquer le cas du conditionnel. Le plus souvent, le conditionnel sert à évoquer une hypothèse, une demande polie, un souhait ou un regret. Dans un récit au passé, il est impossible d'employer le futur simple de l'indicatif. Mais il n'est pas impossible d'évoquer une action future. Alors comment faire ? On utilise le conditionnel et on l'appelle le futur dans le passé. Exemple : « Robinson s'était longtemps demandé comment il appellerait l'Indien. » (Vendredi ou la vie sauvage, Michel Tournier)

 

 

De manière très schématique (et donc à ne pas prendre pour une vérité absolue) voici les packages de temps à employer principalement dans un récit :

 - au présent

 Screenshot_2019-06-09 Framindmap - temps présent

 - au passé

Screenshot_2019-06-09 Framindmap - temps présent(1)

 

J'espère que ce long blabla vous aidera dans la gestion des temps. C'est un gros morceau, j'ai essayé de conserver une certaine clarté mais si vous avez des remarques, n'hésitez pas à m'en faire part !


18 mai 2019

Ecrire la diversité

La diversité en littérature... Dernièrement, j'ai vu passer beaucoup de commentaires et quelques articles sur ce sujet et cela m'a poussée à m'interroger sur mes propres pratiques d'écriture. L'article qui suit est loin d'être la réponse idéale à la question. Il s'agit juste de la réflexion que j'ai menée depuis que le sujet a été abordé sur les réseaux (Twitter notamment) et je dis sans doute quelques bêtises mais je me lance quand même.

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 Mais commençons par l'essentiel. Qu'est-ce que la diversité ? Pour faire simple, c'est la représentation de minorités dans une œuvre, et ici, je vais discuter principalement de la littérature puisque c'est le domaine dans lequel j'ai de vagues compétences.

 Le constat, c'est que la représentation des minorités dans la littérature, notamment jeunesse, n'est pas terrible.

 Et récemment, une polémique à propos d'une autrice américaine a soulevé un autre point : la maladresse avec laquelle des écrivain.e.s géraient la diversité, notamment parce qu'ils/elles adoptent le point de vue d'une minorité à laquelle ils/elles n'appartiennent pas. Pour l'autrice en question, il s'agissait de racisme par sa mauvaise maîtrise de la culture asiatique, mais cela peut aussi concerner l'écriture d'un personnage LGBTQIA. Au gré de mes errances sur les réseaux, j'ai lu pas mal de messages comme celui-ci :

 

InkedScreenshot_2019-05-16 Planète Diversité on Twitter_LI

Ce message traduit notamment le besoin de laisser la place à ce qu'on appelle les « own voices », c'est-à-dire des romans écrits par des personnes partageant des caractéristiques ou des expériences avec leur(s) protagoniste(s). Cela va de l'orientation sexuelle à l'origine ethnique en passant par le handicap et les maladies mentales.

 Suite à la découverte de la polémique et des multiples avis autour de la diversité, j'ai remis en cause TOUT ce que j'écris puisque dans TOUS mes textes, il existe des personnages LGBTQIA et je ne suis pas concernée par la majorité de ces lettres. Et à vrai dire, je suis incapable d'écrire sur la lettre qui me représente sans établir une très grande distance qui pourrait presque faire douter un potentiel lecteur sur ma connaissance du sujet. Techniquement, si je devais appliquer ce conseil, je crois que je ne pourrais écrire sur presque rien, qu'il soit question de diversité ou pas.

 Et puis, je suis autrice et le principe de mon travail d'écriture est d'inventer. Une intrigue. Un univers. Des personnages. Si je suis capable de rendre crédible le quotidien d'un poilu dans une tranchée alors que je ne suis pas munie d'un service trois pièces et que je n'ai vraisemblablement pas vécu la Première Guerre mondiale, pourquoi est-ce que je ne parviendrais pas à écrire la diversité même si je ne la représente pas à 100% ? On n'a jamais reproché à Emma Bovary de ne pas être crédible alors que Gustave Flaubert n'est pas une femme. (Ce même Flaubert qui a dû comparaître devant la sixième chambre du tribunal correctionnel de la Seine, sous le chef d’inculpation d’outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs parce que son roman était blâmé pour excès de réalisme!)

 Finalement, la question n'est pas de savoir si je peux écrire des personnages appartenant à une minorité. Il faut plutôt se demander COMMENT écrire la diversité. Sans faire d'erreurs. Sans offenser. Sans se transformer en fer de lance d'un combat qui n'est pas le sien.

 Je pense qu'il faut d'abord s'interroger sur ses motivations et ne pas considérer la diversité comme un outil « marketing », comme on le voit souvent dans les séries ou les films quand les intrigues qui s'appuient sur le queerbaiting (c'est-à-dire qu'on suggère une relation homosexuelle entre deux personnages hétérosexuels pour attirer une audience queer sans se mettre à dos une audience moins ouverte d'esprit. Mais bien évidemment, cette relation n'aboutit jamais.) Si j'essaie d'inclure des minorités, c'est parce que cela me paraît naturel. La société n'est pas composée que de blancs cisgenres et hétérosexuels, mes romans non plus.

 Ensuite, il me semble qu'il faut être à l'aise avec son sujet pour ne pas le maltraiter. Cela ne veut pas forcément dire qu'il est nécessaire d'avoir vécu une situation semblable pour pouvoir amorcer un travail d'écriture mais si on pense ne rien maîtriser, autant s'abstenir pour éviter d'écrire n'importe quoi. Si je reprends mon exemple du Poilu, pour être certaine de rendre mon récit crédible, je me suis appuyée sur des témoignages, des ouvrages historiques, d'autres psychologiques,... Je ne me suis pas lancée bille en tête et fleur au fusil pour pondre un texte invraisemblable sur le quotidien dans une tranchée. A mon sens, le traitement de la diversité mérite autant d'attention et de travail de fond, même quand on aborde un sujet que l'on connaît. Parce qu'au fond, on ne possède que sa propre expérience et elle a beau être véritable, elle n'est pas universelle. Par exemple, je ne subis pas mon anxiété sociale comme tous les anxieux sociaux parce qu'on éprouve des symptômes différents, on ne combat pas nos angoisses de la même façon, etc.

 Et même quand on se croit au point, faire appel à un regard extérieur est essentiel. Je pense à mon fameux bêta-lecteur mais il existe aussi ce qu'on appelle un sensitivity reader, des lecteurs qui possèdent certains domaines d'expertise et qui pointent ce qui pourrait être offensant dans un texte, comme des passages racistes, homophobes ou misogynes. Le bêta-lecteur peut aussi être un sensitivity reader, les rôles se confondent parfois.

 Voilà où j'en suis de ma réflexion à propos de la façon de représenter et écrire la diversité dans un roman. Elle évoluera sans doute au fil du temps, je trouverai peut-être d'autres réponses... En attendant, je suis curieuse de connaître votre avis sur la question.

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25 avril 2019

Les bases de l'écriture - Episode 1

Avis à tous ceux qui souhaiteraient se lancer dans l'écriture, voici quelques conseils made in cours de français. Ce n'est pas très glamour, je le sais, mais pas totalement inutile non plus, il me semble.

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 La première chose à établir quand on écrit, c'est la voix que l'on va choisir pour raconter son histoire. Qui sera le narrateur ? Une voix ? Ou un personnage ? Le narrateur sait-il tout ? Fait-il des commentaires sur ce qui se passe ? Ou est-ce qu'il ne fait que rapporter ce que vivent les personnages ?

 Pour répondre, c'est simple, il faut savoir choisir et gérer son narrateur, mais aussi le ou les points de vue adoptés.

 

1- Savoir choisir son type de narrateur.

 

Tout d'abord, que ce soit clair le narrateur n'est pas l'auteur. Je répète, le narrateur n'est pas l'auteur. (Sauf dans une autobiographie mais j'y reviendrai.)

 

Il existe 3 formes de narration :

 

- La narration à la troisième personne : le narrateur est extérieur à l’histoire qu’il raconte, c’est juste une voix. Par exemple, dans cet extrait de Bouvard et Pécuchet de Flaubert, on a bien une voix qui commente une action : « « Deux hommes parurent. L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main... »

 

- La narration à la première personne : le narrateur raconte l’histoire à laquelle il a participé, dont il est témoin. Prenons l'incipit de L'Etranger de Camus : «  « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Le « je » représente Meursault, le personnage principal de l'histoire. En revanche, si l’auteur est la même personne que le narrateur, c’est une autobiographie. Dans ce cas, personnage, auteur et narrateur se confondent.

 

- La narration à la première et à la troisième personne : le narrateur est un témoin n’intervenant pas dans l’histoire, il est personnage et conteur à la fois. Grosso modo, le narrateur raconte une histoire et se permet de placer quelques petits commentaires, comme dans cet extrait de Candide de Voltaire : « « Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement le plus droit, avec l’esprit le plus simple ; c’est, je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu’il était fils de la soeur de monsieur le baron. »

 

 

2- Ne pas confondre le narrateur et le point de vue adopté

 

Le point de vue est ce qu'on appelle aussi « focalisation ». Il s'agit du rôle du narrateur, ce qui détermine les connaissances qu'il possède par rapport à l'intrigue qu'il raconte.

 

Il y a 3 sortes de point de vue/focalisation :

 

-Externe : le narrateur est simple témoin. L'extrait de Bouvard et Pécuchet donné précédemment en est un excellent exemple. Quand le narrateur fait cette description « Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main... », il n'évoque que des faits. C'est donc un point de vue assez neutre.

 

-Interne : le narrateur se met à la place d’un personnage, il raconte ce qu’il voit, expose ses sentiments. C’est un point de vue influencé, donc subjectif. On peut très bien avoir un texte avec un narrateur à la troisième personne dont le point de vue est interne, à l'image de cet extrait de L’Éducation sentimentale de Flaubert (encore lui!) dans lequel le narrateur se met à la place de Frédéric Moreau : « Frédéric, en face, distinguait l’ombre de ses cils. Elle trempait ses lèvres dans son verre, cassait un peu de croûte entre ses doigts ; le médaillon de lapis-lazuli, attaché par une chaînette d’or à son poignet, de temps à autre sonnait contre son assiette. Ceux qui étaient là, pourtant, n’avaient pas l’air de la remarquer. »

 

-Omniscient : le narrateur est hors du récit, on a l’impression qu’il sait tout et voit tout. Petit exemple ? « Le père Goriot, vieillard de soixante-neuf ans environ, s’était retiré chez madame Vauquer, en 1813, après avoir quitté les affaires. Il y avait d’abord pris l’appartement occupé par madame Couture, et donnait alors douze cents francs de pension, en homme pour qui cinq louis de plus ou de moins étaient une bagatelle. » Le narrateur du Père Goriot de Balzac connaît donc le passé du personnage et se permet de tout raconter à son lecteur. Cela dit, ce narrateur n'est pas obligé de dévoiler au lecteur toutes ses connaissances et il peut faire le choix de cacher certains aspects de l'intrigue pour entretenir le suspense ou influencer le lecteur.

 

N.B : Ces trois focalisations peuvent tout à fait cohabiter dans un texte. On trouve même très souvent une alternance de ces points de vue, en fonction de l'effet que le narrateur veut produire sur le lecteur. En revanche, il est préférable de se tenir au type de narrateur choisi pour rester plus cohérent.

 

 

J'espère que cet article plus technique vous sera utile et si vous avez d'autres idées de points à aborder, n'hésitez pas à me le dire !

 

 

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31 décembre 2018

Si je me retourne et que je regarde l'année 2018, que verrais-je ?

Si on ne se tient qu'au nombre de mots écrits, de projets terminés, je peux dire que le bilan est plutôt positif puisque je viens de finir de relire Ce monde-ci et l'autre et à quelques détails près, il s'agit de la version définitive. J'ai aussi écrit une nouvelle (dont je devrais vous reparler bientôt.) et entamé le premier jet d'un roman qui suit les pas d'une fratrie pendant la première guerre mondiale. J'ai aussi travaillé sur deux bêta-lectures, de textes totalement différents, mais ce fut très intéressant et j'espère avoir réussi à aider les deux auteurs qui me les ont proposés.

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 Malgré tout, et c'est un sentiment que je me traîne depuis quelques mois, je suis de plus en plus dubitative devant ma « carrière » littéraire. Depuis que mon premier texte a été publié, en 2013, je stagne et ça devient pesant. Au point que je cherche à peine à faire publier mes textes. Si on prend Contralto, j'ai fait moins de 15 envois et je sais déjà que les réponses vont être négatives. Et le pire, c'est que ça m'est égal parce que je n'y croyais déjà pas au moment de la soumission du manuscrit. A cela s'ajoutent la fermeture de Kitsunegari qui publiait Iokanaan et un autre roman dont la sortie est repoussée... J'ai l'impression de ne plus savoir pourquoi, et pour qui, j'écris. Je pense que la question à poser est de savoir si je reste écrivain amateur qui vend ses 30 livres par an et s'en contente. Ou si je me donne les moyens de me professionnaliser un minimum (en tentant l'autoédition, en écrivant des textes moins bâtards et qui rentrent dans des cases,...) L'option 2 est tentante mais elle implique un énorme investissement de temps (que je n'ai pas forcément) ou d'argent.

 Difficile de faire des projets pour 2019 dans un tel état d'esprit. J'avancerai le manuscrit en cours, bien sûr, mais pour le reste, je n'ai aucune idée. Quand je serai moins préoccupée par quelques échéances professionnelles, j'y réfléchirai plus sérieusement mais jusqu'en juillet, j'ai des priorités très chronophages et fatigantes nerveusement (ce qui explique peut-être aussi le découragement littéraire).

 Pour terminer sur une note plus joyeuse, je dois quand même avouer que mon bilan lecture est très positif (cf le reading challenge). J'ai aussi eu quelques bonnes surprises cinématographiques avec entre autres Brimstone, The Happy Prince, L'Ascension, La Fureur de vivre et This is where I leave you.

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 Et pour accompagner musicalement tout ça, il y a eu d'excellentes découvertes comme Tom Grennan, American Authors, Jacob Banks et Eddy de Pretto.

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 Et vous ? Quel bilan pour 2018 ?

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28 décembre 2018

Reading Challenge 2019

C'est maintenant un rituel, voici The Reading Challenge 2019, toujours établi à partir de celui proposé par le site Popsugar

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- un livre adapté au cinéma en 2019 : Boy erased, G. Conley

- un livre qui me rend nostalgique : La dame du manoir de Wildfell Hall, A. Brontë

- un livre qui devrait être adapté au cinéma : Fashion Victim, I. Cohen Janca

- un livre qui a au moins un million de notes sur Goodreads :

- un livre avec une plante sur la couverture ou dans le titre :

- un relecture d'un livre préféré :

- un livre que je devais lire en 2018 : Le monde infernal de Branwell Brontë, D. du Maurier

- un livre avec un vêtement sur la couverture : La Mort s'habille en crinoline, JC Duchon Doris

- un livre inspiré par le folklore, une légende ou un mythe : Entretien avec un vampire, A.Rice

- un livre posthume :

- un livre lu par quelqu'un dans un film ou une série :

- une réécriture d'un classique : Le Journal du capitaine Wentworth, A. Grange

- un livre se déroulant dans un lycée ou une université : Le Complexe d'Eden Bellwether, B. Wood

- un livre dont le titre est une question :

- un livre à propos de quelqu'un qui a des superpouvoirs : Oz, Maxime Chattam

- un livre exposant différents points de vue : Dandies, Baudelaire et cie, R. Kempf

- un livre se déroulant en Scandinavie :

- un livre se déroulant sur une seule journée : Le Dernier jour d'un condamné, V.Hugo

- un livre publié en 2019 : Les Brontë, J.P Ohl

- un livre contenant une créature imaginaire ou disparue : La Mythologie viking, N. Gaiman

- un livre recommandé par une célébrité que j'admire :

- un livre avec love/amour dans le titre :

- un livre mettant en scène un enquêteur amateur : Oscar Wilde et les crimes de la Tamise, G. Brandreth

- un livre à propos de famille : Le Quatrième mur, S. Chalandon

- un livre contenant un mariage : Un pays à l'aube, D. Lehane

- un livre écrit par un auteur dont les nom et prénom commencent par la même lettre : Shakespeare antibiographie, B.Bryson

- une histoire de fantômes : Cris, L. Gaudé

- un livre dont le titre est constitué de deux mots : Huit femmes, R. Thomas

- un roman inspiré d'une histoire vraie : Le Liseur, B. Schlink

- un livre autour d'un jeu ou d'un puzzle : 13 reasons why, J.Asher

 

Bonus et inclassables :

Du front à l'asile 1914 1918, Guillemain

Les Blessés psychiques de la Grande Guerre, L.Crocq

Two boys kissing, D. Levithan

La Maison atlantique, P. Besson

Le Hussard noir, M. Perrin et W. Lafleur

Se résoudre aux adieux, P. Besson

Breakfast on Pluto, P. McCabe

Les Retournants, M. Moatti

Aristote et Dante découvrent les secrets de l'univers, B. Alire Saenz

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02 décembre 2018

La bêta-lecture

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Il me semble avoir déjà brièvement évoqué la bêta-lecture mais c'est un sujet qui mérite un traitement un peu plus détaillé que quelques lignes d'un article.

Mais avant d'en parler, il faut d'abord expliquer ce que c'est. En règle générale, la bêta-lecture intervient dans la phase finale de la rédaction d'un texte. Il s'agit de le faire lire et corriger par quelqu'un de confiance (que l'on connaît ou non), avec des objectifs plus ou moins précis, pour savoir ce qu'il faut modifier, améliorer ou corriger dans un document que l'on croyait quasi parfait. Ce n'est pas toujours facile de les dénicher. Parfois, des proches capables d'avoir un regard critique sur un texte se proposent. Pour ma part, je fais souvent des appels au peuple sur les réseaux sociaux.

Souvent, les jeunes auteurs (par la pratique, non par l'âge, bien sûr) font l'erreur de croire que leur roman, nouvelle ou autre, est arrivé à maturité après un bon nombre de relectures et de corrections et estiment que leur travail est bon pour partir chez les éditeurs ou être autoédité. J'ai moi-même fait cette erreur, avant de découvrir les bénéfices de la bêta-lecture.

Il ne faut pas oublier que le but ultime pour la majorité des artistes est de proposer à un public ce qu'ils produisent. Tout travail artistique finit par échapper à son auteur. La bêta-lecture, c'est une forme de phase test pour un travail et permet de prendre la température quant à la réception que pourrait susciter ce même travail.

Aujourd'hui, je n'envisage pas une seule seconde de proposer un texte qui n'est pas passé en phase de bêta-lecture. Non seulement, ça permet de corriger les dernières fautes d'orthographe qui se cachent dans un tapuscrit (et elles sont très sournoises!) mais aussi de cibler certains défauts ou de mettre en évidence des incohérences, aussi bien au niveau de l'intrigue que du contexte, par exemple. Toutefois, toute bêta-lecture n'est pas à prendre au pied de la lettre. En tant qu'auteur, il faut être capable d'avoir suffisamment de recul sur son texte pour juger de la qualité et de la pertinence des remarques: tout ce que dit le bêta-lecteur n'est pas parole d'évangile. Dans L'Inconsolé, Louise est une jeune femme au physique stéréotypé (taille mince, épaules et hanches plus généreuses. C'est un 8, comme dirait Christina) qui correspond aux critères de beauté du milieu du XIXème siècle. Une de mes bêta-lectrices m'a reproché son aspect de sablier, sans vraiment s'interroger sur ce que cette description disait du personnage. Je ne l'ai pas décrite ainsi parce que ça m'amusait mais parce que ce physique est symptomatique du rôle attribué aux femmes à cette époque. Donc j'ai laissé de côté sa remarque.

D'ailleurs, si c'est possible, je préfère avoir plusieurs bêta-lectures d'un même texte. Cela permet de recouper les remarques et de mettre en évidence ce qui pose réellement problème. Parce que la subjectivité de celui ou celle qui bêta-lit un document n'est pas à ignorer.

C'est aussi pour cela que je suis moi-même bêta-lectrice, quand mon emploi du temps me le permet. Non seulement, c'est une manière d'aider un.e collègue auteur.e mais cela questionne aussi l'écriture en général. A travers le texte de quelqu'un d'autre, on peut tout à fait s'interroger sur sa propre façon d'écrire. Il m'est déjà arrivé de souligner un point dans un texte que je corrigeais et de me rendre compte que j'avais le même problème.

 

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02 novembre 2018

Les livres qui m'ont marquée (épisode 2)

Dans l'article précédent, j'ai évoqué les livres qui ont jalonné ma scolarité (même si tous n'ont pas été imposés par mes professeurs, ils m'ont accompagnée d'une façon ou d'une autre pendant mes études.) Il est maintenant temps d'évoquer ceux découverts dans ma vie d'adulte ! Même si, pour être honnête, ils n'ont pas eu un impact aussi fort que les neuf premiers.

 

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Le page turner absolu : La Vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker

Je me demande si Joël Dicker a des pouvoirs magiques qu'il dilue dans les pages de ses romans. Celui-ci en particulier. Si on considère l'histoire de ce livre, elle est plutôt convenue, limite un peu cliché, le genre qui me fait hurler en temps normal. Mais l'auteur s'arrange pour se sortir de l'attendu et créer un besoin irrépressible de savoir la suite. Résultat, je n'ai pas lâché mon bouquin de tout un week-end, ce qui ne m'était pas arrivé depuis que j'ai le wifi sur mon ordinateur (eh oui, internet est un fléau qui détourne de la lecture!) C'est le genre de roman dont on sort avec la gueule de bois d'avoir trop lu et avec le sentiment de ne rien pouvoir entamer ensuite.

 

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Le nouvel évangile : Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Grey

De prime abord, c'est une lecture qui peut rebuter. Je suis moi-même restée perplexe pendant un bon tiers du livre, à ne pas trop savoir si je devais continuer dans ma lecture ou non. Le texte se présente sous la forme de témoignages recueillis à propos de Ben Zion Avrohom, sorte de nouveau messie, pour former un nouveau fragment de Bible et le style oral est déroutant. Mais une fois ce cap passé, le fond du texte propose une lecture de la religion qui m'a passionnée, notamment à propos de la foi, de la Bible et de l'amour.

Petits extraits : « La Bible a été écrite il y a deux mille ans. Le monde est différent aujourd'hui. Les histoires qui avaient du sens alors n'ont plus de sens aujourd'hui. Les croyances qui pouvaient être fondées alors ne sont plus fondées aujourd'hui. Il faudrait considérer ces livres de la même manière que nous considérons tout ce qui est de la même époque, en reconnaissant leur importance historique, mais sans leur accorder la moindre valeur. » ou encore celle-ci, que j'aime beaucoup : « La foi est l'excuse des imbéciles. […] La foi est ce que tu utilises pour opprimer , pour nier, pour justifier, pour juger au nom de Dieu. La foi est ce qui a été utilisé comme moyen de rationaliser le mal plus que toute chose au cours de l'Histoire. S'il y avait un diable, la foi serait sa plus belle invention. Faire croire aux gens ce qui n'existe pas, et leur faire utiliser cette croyance pour détruire tout ce qui a de la valeur dans le monde. Leur faire gober l'idée d'une chose fausse, et utiliser cette idée pour créer le conflit, la violence et la mort. »

 

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La dolce vita : Call me by your name d'André Aciman

Roman découvert juste avant la sortie au cinéma de son adaptation et je l'ai dégusté autour du jour de l'an, en plein milieu de l'hiver. Et c'était tellement chouette de vivre par procuration un été italien, plein de douceur. Beaucoup reprochent au roman sa lenteur, à cause des atermoiements d'Elio, le narrateur, et en temps normal, j'aurais râlé avec eux. Et étrangement, c'est ce qui m'a plu, parce que j'avais le temps d'apprécier la résonance des pages que je lisais. Si on regarde la montagne de livres que j'ai lus (quelques centaines), il y en a peu qui m'ont vraiment touchée, et Call me by your name en fait partie. Pourtant, il est loin d'être parfait, je n'aime pas du tout la fin, trop tranchée avec la langueur du roman. Mais il a ce truc qui accroche, comme quand on regarde une personne pas vraiment belle mais charismatique. C'est un peu le Cillian Murphy de la littérature.

 

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La mythologie poétique : Le Chant d'Achille de Madeline Miller

Ce texte propose de nous conter l'histoire d'Achille à travers les yeux de Patrocle et c'est un petit bijou. Non seulement, c'est plus fidèle au mythe qui fait d'eux un couple mais c'est admirablement écrit. L'auteure tisse les liens qui unissent les deux personnages avec délicatesse et fait de Patrocle un être consistant, et non plus une vague silhouette, prétexte du combat entre Hector et Achille.

Bref, c'est un livre que j'aime tellement que je l'offre très souvent, pour distribuer un peu de beauté dans ce monde.

 

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L'entrée dans la fantasy : Légende de David Gemmell

Avant d'ouvrir ce roman, mon expérience de ce genre se résumait au visionnage de Willow et du Seigneur des Anneaux. Et puis un jour, je suis allée à la bibliothèque municipale de ma ville et j'ai pris un livre avec une hache sur la couverture en me disant « Cool, une hache » (Je suis très basique). Sous la plume de David Gemmell, j'ai découvert de nouvelles épopées dans des mondes imaginaires magnifiquement construits, avec des héros plein de failles et des scènes de bataille d'anthologie. La porte d'un nouveau genre s'est ouverte devant moi et pendant quelques années, je me suis régalée de ses sagas, dont les meilleures restent Le Lion de Macédoine et Troie.

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La perfection de la simplicité : En l'absence des hommes de Philippe Besson

S'il y a une chose que j'admire chez mes écrivains préférés, c'est leur capacité à faire du beau simplement, sans grands effets de style ou de fioritures. Et à mes yeux, Philippe Besson est un spécialiste. J'ai pu m'en rendre compte en lisant En l'absence des hommes, histoire d'un adolescent désœuvré, partagé entre deux relations naissantes, l'une avec Proust, l'autre avec le fils de sa concierge. Le récit pourrait presque être banal mais la façon de l'aborder est inhabituelle, avec l'usage du « tu » et du « vous », comme si le personnage s'adressait directement à ses deux amis et que le lecteur recevait des mots qui ne lui étaient pas destinés. Et puis, je trouve que Philippe Besson possède un style très délicat et sensuel : « Nous nous faisons face. Les visages se frôlent. Il faut imaginer cette magnifique insanité de deux visages d'hommes, si proches l'un de l'autre, cette sensualité énorme. Le baiser est une déduction de cette proximité. Quand les bouches se prennent, la souffrance semble s'effacer, disparaître. »

Et comme je suis obsessionnelle, je me suis procuré une bonne partie de ses romans et à chaque fois, je suis sous le charme. Ma vulgarité refait alors surface et je me dis « Putain, c'est beau. »

Quand je regarde les titres qui émaillent ma bibliothèque, je me dis que je n'ai pas évoqué des tas d'auteurs. En général, si un livre se trouve sur mon étagère, c'est que je l'aime. Mais il faut bien faire un choix !

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02 octobre 2018

Movies vs Life

Quand on évoque un écrivain, on imagine bien souvent un être intelligent, cultivé et beau gosse. Et généralement, cette impression sort tout droit d'un film qui a besoin d'idéaliser ou de glamouriser l'auteur (qui est en réalité une personne comme une autre). Je me suis donc amusée à opposer la vie d'un auteur telle qu'on la représente dans la fiction ou dans notre imaginaire collectif avec mon quotidien:

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Movies : Terrasse ensoleillée d'une villa construite au bord de la Méditerranée. l'écrivain tapote sur son clavier (ou sa machine à écrire!), cigarette au coin du bec, des tasses de café s'accumulent sur son bureau. Il était bloqué mais maintenant, les mots coulent de façon fluide jusqu'à ce qu'il écrive "FIN" après deux heures de travail.

Life : Mon bureau en bordel, collé au mur, vue sur une bibliothèque. Ma concentration est à pleurer. J'ouvre et je ferme cinquante fois le fichier sur lequel je travaille depuis huit mois. J'ajoute un mot et j'enlève un point. Je mange du chocolat pour fêter mon avancée spectaculaire. Et puis je vais checker s'il n'y a pas une nouvelle actualité sur les réseaux sociaux. 

Movies : Premier envoi à la maison d'édition qui détient le monopole des publications de best sellers, premier succès. Signature du contrat avec coupette de champagne.

Life : Lettre de refus type de toutes les grandes maisons d'édition mais signature d'un contrat avec une petite structure. Je trinque avec moi-même au jus d'orange.

Movies : Ah c'est vous le grand écrivain? A quand le prochain roman ? J'adore ce que vous faites !

Life : Et sinon, tu fais quoi dans la vie ? Ou la remarque de la part d'un élève qui m'a bien fait rire : Les profs, ce sont des écrivains ratés, non ?

Movies : Matinée conférence de presse, interview télévisée le midi et cocktail en soirée.

Life : Boulot, boulot et soirée pyjama/chaussettes en moumoute devant Netflix.

Movies : Artiste maudit, mais au talent précoce, l'écrivain connaît une gloire fulgurante avant de tomber dans la déchéance la plus totale. Sa malédiction nourrit son oeuvre et on peut y ajouter une love story tragique pour plus de piment.

Life : Je suis comme tout le monde, j'ai une vie un peu chiante, pas franchement inspirante dans ce que j'écris, mais j'en suis parfaitement satisfaite.

 Et vous ? Plutôt movies ou life ?

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02 septembre 2018

Théoriser l'écriture

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Grâce à internet, les blogs et autres sites se développent par centaines et pour ceux qui s’intéressent à l’écriture, c’est une mine d’informations inépuisable. Moi-même, j’erre souvent sur ces pages pleines de (bons ?) conseils mais je dois avouer que je ne les applique pas toujours. La plupart du temps, je ne les comprends même pas ! Je ne parle pas des règles d’écriture évidentes qui permettent d’avoir un texte potable, comme tout ce qui concerne les dialogues, la description, la caractérisation des personnages, la cohérence, etc. Des choses simples et concrètes, faciles à essayer et à adopter. Non, je veux évoquer les conseils vaseux qui ressemblent à des lois incontournables et dont la compréhension de l’intitulé est déjà un grand moment de bravoure. Show, don’t tell (j'ai toujours du mal à savoir où s'arrête l'un et commence l'autre, ce qui me pousse parfois à me restreindre inutilement dans l'écriture). Trouver son style (comme si on savait vraiment identifier notre style. Ou celui qu'on a copié plus ou moins consciemment sur un autre auteur),...

Et puis, certaines théories n’appartiennent qu’à leur auteur et je trouve assez malhonnête de leur part de faire croire qu’il s’agit d’une vérité absolue. Dernier exemple en date sur un site dont je tairais le nom : « Non aux fins ouvertes. » Selon l’auteur de cet article, ce ne serait pas professionnel de laisser le lecteur dans le flou parce que c’est à l’écrivain de terminer son roman et pas à son lecteur*. J’entends bien cet argument mais il appartient à un jugement personnel. A partir du moment où l'auteur maîtrise le schéma narratif, il a tout à fait le droit de le respecter à la lettre ou de le manipuler pour offrir une structure différente. D'ailleurs, en tant que lectrice, les fins ouvertes sont celles que je préfère parce que c'est plus agréable d'être dans le flou qu’être déçue par le chemin pris par l’auteur (et je peux vous donner des tas d'exemples de fins non ouvertes qui m'ont fait regretter de les avoir lues. Je ne vise pas du tout Harry Potter 7...)

J’ai du mal à concevoir que l’on puisse théoriser l’écriture. Quand je vois tous les livres ou les sites qui proposent à ses lecteurs de devenir écrivain comme s’il s’agissait d’une simple formalité, ça me laisse perplexe. J’ai l’impression que ça nie les efforts et le travail de ceux qui veulent vraiment écrire et que ça jette de la poudre aux yeux de ceux qui pensent que l’écriture est une activité facile où il suffit de suivre certaines règles pour y exceller. Alors qu’en réalité, il s’agit de créer de l’émotion. Et pour expliquer cela, il n’y a pas de manuels. L’écriture n’est pas une science exacte et on ne peut pas théoriser la façon de faire rire ou pleurer un lecteur.

 

* Petit P.S d'après expérience personnelle. J'adore écrire des fins ouvertes et non, contrairement à ce que pensent certains, ce n'est pas de la flemme . Je sais ce que deviennent mes personnages, je n'ai juste pas envie de donner l'information au lecteur, qui a le droit de se faire sa propre histoire. C'est une manière de laisser vivre le roman au-delà de ce qu'il est déjà.

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02 août 2018

De l'importance de l'incipit

Il y a quelques temps, j'ai écrit quelques articles pour Le Renard Loquace et je me permets de les republier ici (avec quelques modifications)

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L’Incipit… Un terme tout droit sorti d’un manuel de français, auquel vous n’avez sans doute pas prêté attention durant vos études, mais qui n’est pas dénué d’intérêt pour autant.

Incipit est un mot latin qui signifie « commencer » et il s’agit de LA première phrase d’un roman, ou à la limite, des premières lignes. Et sa fonction est primordiale : accrocher le lecteur. Car le lecteur est un être frivole et inconstant ; un consommateur comme un autre qui va impitoyablement rejeter votre œuvre s’il n’est pas emballé par les premières lignes de votre prose. C’est pourquoi il est impératif de soigner un incipit. C’est la carte de visite de votre manuscrit. Et malgré tout votre talent, en rater le début serait comme vous tirer une balle dans le pied.

Voici un petit florilège d’incipits tirés d’œuvres majeures de la littérature. Et vous remarquerez que certains d’entre eux sont passés à la postérité.

- « C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier » Orgueil et Préjugés, Jane Austen

- « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » Du côté de chez Swann, Proust

- « Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien. » Jacques le Fataliste, Diderot

- « Dans un trou vivait un hobbit », Le Hobbit, J.R.R Tolkien

- « Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » L’Etranger, Camus

 

Et vous, quel est le vôtre ?

 

Bonus, voici les incipits de mes textes , publiés ou encore dans les tiroirs (et soyons honnêtes, je ne pense pas qu'ils passeront à la postérité!) :

Dix Avril

« Le jeune homme avançait dans une rue déserte et sombre, les mains enfoncées dans les poches de son jeans. »

L'Inconsolé :

« Sacha referma le roman qu'il venait de terminer et le jeta sur un guéridon avec un soupir agacé. Il avait perdu un temps précieux à lire les niaiseries de George Sand. »

Iokanaan :

« Le jour commençait à décliner et une brise tiède chargée d’effluves floraux glissait sur les bras nus des étudiants. »

L'Empyrée :

« — C’est donc toi, le neveu ? demanda le jardinier. »

Contralto :

« Les semelles alourdies par la terre collante, ils avançaient prudemment, pliés en deux pour ne pas se faire repérer. »

Ce monde-ci et l'autre

« Parfaitement conscient des regards intrigués qui pesaient sur lui, Lisandre déambulait entre les invités. »

 

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