Il me semble que l'auteur de cette phrase est Delacroix. Et ce n'est pas un hasard si ce même auteur est un artiste. Car tout artiste qui se respecte possède une certaine culture dont il s'imprègne et qu'il dilue dans ses oeuvres. Je l'ai déjà dit dans mon article précédent, le talent ne tombe pas que du ciel. Il y a peut-être une base faite de facilités concernant un domaine (l'écriture, le dessin, la musique,...) mais il faut ensuite y ajouter du travail et des références. Mais avoir des références ne veut pas dire copier le style. Ou alors, pour s'entraîner, comme le faisaient les peintres. D'ailleurs, je vais prendre l'exemple de Gustave Moreau, un peintre symboliste du XIXème siècle. Après des études à l'école Royale des Beaux-Arts, il est parti en Italie faire des copies de Raphael, Michel-Ange, Véronèse...

Voici donc un dessin très classique d'une statue antique (Faune Barberini) :

gustave-moreau-copie-d-apres-une-statue-antique-faune-barberini

Et une fois sa formation terminée, Moreau possédait suffisamment de technique et de références pour devenir un peintre unique en son genre, comme le montre ce tableau, Jupiter et Sémélé :

Jupiter_and_Semele

Les deux oeuvres n'ont rien à voir, et c'est pourtant le même auteur.

Quand j'avais entre dix et quinze ans, je n'étais pas fichue de terminer une histoire par moi-même et je réécrivais les romans de R.L Stine de la collection Peur Bleue. J'adorais son univers horrifique et violent qui ne tombait pourtant pas dans le malsain (du moins, à mes yeux). Autant dire que ce n'était pas d'une folle originalité mais cela m'a appris à terminer une novella. Pendant cette même période, Le Seigneur des anneaux est sorti au cinéma et je me suis mise à lire David Gemmell. J'étais déjà fan de Willow, je me suis donc intéressée à la fantasy au point d'en écrire. Cette fois-ci, il y avait un peu plus de moi et un peu moins des univers que je copiais. C'était quand même loin d'être terrible. L'âge aidant, je me suis trouvé de(ux) nouveaux modèles. Théophile Gautier, à qui j'ai consacré deux ans de recherche, et Oscar Wilde. Là, il faut se rendre à l'évidence, toute imitation est impossible, je ne leur arriverai jamais à la cheville. En revanche, je me suis inspirée de leurs descriptions si vivantes pour améliorer les miennes qui étaient d'une platitude extrême. Je n'ai pas essayé de faire comme eux mais je me suis servi de leurs atouts pour renforcer mes faiblesses.

gautier

Oscar_Wilde,_1882

Tout ça pour dire que les références et les modèles doivent être à votre service et non le contraire. Cela n'a aucun intérêt pour vous ou votre audience si vous copiez votre, ou vos, maître parce qu'à ce moment là, il devient plus intéressant de se tourner vers l'original. Je ne dis pas non plus qu'il est facile de trouver son propre style et on s'approprie parfois de manière inconsciente les caractéristiques de ceux que l'on admire. Encore une fois, il s'agit d'un travail, parfois très long, pour devenir soi-même lorsque l'on écrit (ou joue de la musique, ou peint un tableau, je ne suis pas sectaire!)