Dans l'article précédent, j'ai évoqué les livres qui ont jalonné ma scolarité (même si tous n'ont pas été imposés par mes professeurs, ils m'ont accompagnée d'une façon ou d'une autre pendant mes études.) Il est maintenant temps d'évoquer ceux découverts dans ma vie d'adulte ! Même si, pour être honnête, ils n'ont pas eu un impact aussi fort que les neuf premiers.

 

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Le page turner absolu : La Vérité sur l'affaire Harry Québert de Joël Dicker

Je me demande si Joël Dicker a des pouvoirs magiques qu'il dilue dans les pages de ses romans. Celui-ci en particulier. Si on considère l'histoire de ce livre, elle est plutôt convenue, limite un peu cliché, le genre qui me fait hurler en temps normal. Mais l'auteur s'arrange pour se sortir de l'attendu et créer un besoin irrépressible de savoir la suite. Résultat, je n'ai pas lâché mon bouquin de tout un week-end, ce qui ne m'était pas arrivé depuis que j'ai le wifi sur mon ordinateur (eh oui, internet est un fléau qui détourne de la lecture!) C'est le genre de roman dont on sort avec la gueule de bois d'avoir trop lu et avec le sentiment de ne rien pouvoir entamer ensuite.

 

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Le nouvel évangile : Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Grey

De prime abord, c'est une lecture qui peut rebuter. Je suis moi-même restée perplexe pendant un bon tiers du livre, à ne pas trop savoir si je devais continuer dans ma lecture ou non. Le texte se présente sous la forme de témoignages recueillis à propos de Ben Zion Avrohom, sorte de nouveau messie, pour former un nouveau fragment de Bible et le style oral est déroutant. Mais une fois ce cap passé, le fond du texte propose une lecture de la religion qui m'a passionnée, notamment à propos de la foi, de la Bible et de l'amour.

Petits extraits : « La Bible a été écrite il y a deux mille ans. Le monde est différent aujourd'hui. Les histoires qui avaient du sens alors n'ont plus de sens aujourd'hui. Les croyances qui pouvaient être fondées alors ne sont plus fondées aujourd'hui. Il faudrait considérer ces livres de la même manière que nous considérons tout ce qui est de la même époque, en reconnaissant leur importance historique, mais sans leur accorder la moindre valeur. » ou encore celle-ci, que j'aime beaucoup : « La foi est l'excuse des imbéciles. […] La foi est ce que tu utilises pour opprimer , pour nier, pour justifier, pour juger au nom de Dieu. La foi est ce qui a été utilisé comme moyen de rationaliser le mal plus que toute chose au cours de l'Histoire. S'il y avait un diable, la foi serait sa plus belle invention. Faire croire aux gens ce qui n'existe pas, et leur faire utiliser cette croyance pour détruire tout ce qui a de la valeur dans le monde. Leur faire gober l'idée d'une chose fausse, et utiliser cette idée pour créer le conflit, la violence et la mort. »

 

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La dolce vita : Call me by your name d'André Aciman

Roman découvert juste avant la sortie au cinéma de son adaptation et je l'ai dégusté autour du jour de l'an, en plein milieu de l'hiver. Et c'était tellement chouette de vivre par procuration un été italien, plein de douceur. Beaucoup reprochent au roman sa lenteur, à cause des atermoiements d'Elio, le narrateur, et en temps normal, j'aurais râlé avec eux. Et étrangement, c'est ce qui m'a plu, parce que j'avais le temps d'apprécier la résonance des pages que je lisais. Si on regarde la montagne de livres que j'ai lus (quelques centaines), il y en a peu qui m'ont vraiment touchée, et Call me by your name en fait partie. Pourtant, il est loin d'être parfait, je n'aime pas du tout la fin, trop tranchée avec la langueur du roman. Mais il a ce truc qui accroche, comme quand on regarde une personne pas vraiment belle mais charismatique. C'est un peu le Cillian Murphy de la littérature.

 

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La mythologie poétique : Le Chant d'Achille de Madeline Miller

Ce texte propose de nous conter l'histoire d'Achille à travers les yeux de Patrocle et c'est un petit bijou. Non seulement, c'est plus fidèle au mythe qui fait d'eux un couple mais c'est admirablement écrit. L'auteure tisse les liens qui unissent les deux personnages avec délicatesse et fait de Patrocle un être consistant, et non plus une vague silhouette, prétexte du combat entre Hector et Achille.

Bref, c'est un livre que j'aime tellement que je l'offre très souvent, pour distribuer un peu de beauté dans ce monde.

 

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L'entrée dans la fantasy : Légende de David Gemmell

Avant d'ouvrir ce roman, mon expérience de ce genre se résumait au visionnage de Willow et du Seigneur des Anneaux. Et puis un jour, je suis allée à la bibliothèque municipale de ma ville et j'ai pris un livre avec une hache sur la couverture en me disant « Cool, une hache » (Je suis très basique). Sous la plume de David Gemmell, j'ai découvert de nouvelles épopées dans des mondes imaginaires magnifiquement construits, avec des héros plein de failles et des scènes de bataille d'anthologie. La porte d'un nouveau genre s'est ouverte devant moi et pendant quelques années, je me suis régalée de ses sagas, dont les meilleures restent Le Lion de Macédoine et Troie.

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La perfection de la simplicité : En l'absence des hommes de Philippe Besson

S'il y a une chose que j'admire chez mes écrivains préférés, c'est leur capacité à faire du beau simplement, sans grands effets de style ou de fioritures. Et à mes yeux, Philippe Besson est un spécialiste. J'ai pu m'en rendre compte en lisant En l'absence des hommes, histoire d'un adolescent désœuvré, partagé entre deux relations naissantes, l'une avec Proust, l'autre avec le fils de sa concierge. Le récit pourrait presque être banal mais la façon de l'aborder est inhabituelle, avec l'usage du « tu » et du « vous », comme si le personnage s'adressait directement à ses deux amis et que le lecteur recevait des mots qui ne lui étaient pas destinés. Et puis, je trouve que Philippe Besson possède un style très délicat et sensuel : « Nous nous faisons face. Les visages se frôlent. Il faut imaginer cette magnifique insanité de deux visages d'hommes, si proches l'un de l'autre, cette sensualité énorme. Le baiser est une déduction de cette proximité. Quand les bouches se prennent, la souffrance semble s'effacer, disparaître. »

Et comme je suis obsessionnelle, je me suis procuré une bonne partie de ses romans et à chaque fois, je suis sous le charme. Ma vulgarité refait alors surface et je me dis « Putain, c'est beau. »

Quand je regarde les titres qui émaillent ma bibliothèque, je me dis que je n'ai pas évoqué des tas d'auteurs. En général, si un livre se trouve sur mon étagère, c'est que je l'aime. Mais il faut bien faire un choix !