typewriter-2242164_1920

Il me semble avoir déjà brièvement évoqué la bêta-lecture mais c'est un sujet qui mérite un traitement un peu plus détaillé que quelques lignes d'un article.

Mais avant d'en parler, il faut d'abord expliquer ce que c'est. En règle générale, la bêta-lecture intervient dans la phase finale de la rédaction d'un texte. Il s'agit de le faire lire et corriger par quelqu'un de confiance (que l'on connaît ou non), avec des objectifs plus ou moins précis, pour savoir ce qu'il faut modifier, améliorer ou corriger dans un document que l'on croyait quasi parfait. Ce n'est pas toujours facile de les dénicher. Parfois, des proches capables d'avoir un regard critique sur un texte se proposent. Pour ma part, je fais souvent des appels au peuple sur les réseaux sociaux.

Souvent, les jeunes auteurs (par la pratique, non par l'âge, bien sûr) font l'erreur de croire que leur roman, nouvelle ou autre, est arrivé à maturité après un bon nombre de relectures et de corrections et estiment que leur travail est bon pour partir chez les éditeurs ou être autoédité. J'ai moi-même fait cette erreur, avant de découvrir les bénéfices de la bêta-lecture.

Il ne faut pas oublier que le but ultime pour la majorité des artistes est de proposer à un public ce qu'ils produisent. Tout travail artistique finit par échapper à son auteur. La bêta-lecture, c'est une forme de phase test pour un travail et permet de prendre la température quant à la réception que pourrait susciter ce même travail.

Aujourd'hui, je n'envisage pas une seule seconde de proposer un texte qui n'est pas passé en phase de bêta-lecture. Non seulement, ça permet de corriger les dernières fautes d'orthographe qui se cachent dans un tapuscrit (et elles sont très sournoises!) mais aussi de cibler certains défauts ou de mettre en évidence des incohérences, aussi bien au niveau de l'intrigue que du contexte, par exemple. Toutefois, toute bêta-lecture n'est pas à prendre au pied de la lettre. En tant qu'auteur, il faut être capable d'avoir suffisamment de recul sur son texte pour juger de la qualité et de la pertinence des remarques: tout ce que dit le bêta-lecteur n'est pas parole d'évangile. Dans L'Inconsolé, Louise est une jeune femme au physique stéréotypé (taille mince, épaules et hanches plus généreuses. C'est un 8, comme dirait Christina) qui correspond aux critères de beauté du milieu du XIXème siècle. Une de mes bêta-lectrices m'a reproché son aspect de sablier, sans vraiment s'interroger sur ce que cette description disait du personnage. Je ne l'ai pas décrite ainsi parce que ça m'amusait mais parce que ce physique est symptomatique du rôle attribué aux femmes à cette époque. Donc j'ai laissé de côté sa remarque.

D'ailleurs, si c'est possible, je préfère avoir plusieurs bêta-lectures d'un même texte. Cela permet de recouper les remarques et de mettre en évidence ce qui pose réellement problème. Parce que la subjectivité de celui ou celle qui bêta-lit un document n'est pas à ignorer.

C'est aussi pour cela que je suis moi-même bêta-lectrice, quand mon emploi du temps me le permet. Non seulement, c'est une manière d'aider un.e collègue auteur.e mais cela questionne aussi l'écriture en général. A travers le texte de quelqu'un d'autre, on peut tout à fait s'interroger sur sa propre façon d'écrire. Il m'est déjà arrivé de souligner un point dans un texte que je corrigeais et de me rendre compte que j'avais le même problème.